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24 avril 2007

J'écris comme j'écris

Peut-on écrire comme on parle ? Deux blogs évoquent le sujet aujourd'hui : le Petit Champignacien illustré et Blog 101. C'est le gros gros buzz du moment, quoi. Non ? Ah bon. Mais je vais quand même en parler. Enfin en écrire.

L'article du Blog 101 m'a fait sursauter, plusieurs fois même, mais c'est sur ceci que je vais m'attarder : « On n'écrit pas comme on parle. Sauf dans un blog. »

Mon œil. On n'écrit pas comme on parle, même sur un blog, et vous pouvez vous en rendre compte de deux façons.

Première façon. Vous enregistrez cinq minutes de conversation entre un journaliste et son invité à la radio ou, mieux encore, cinq minutes d'une conversation entre un ami et vous (c'est mieux parce que c'est plus spontané). Vous retranscrivez scrupuleusement votre enregistrement par écrit, donc sans aucune modification. Et on ne triche pas ! Vous allez voir la gueule de votre texte et vous me direz si vous mettriez ça sur votre blog (oui, si on veut, on peut toujours, évidemment, mais bon…)

Deuxième façon. Vous imaginez une personne en face de vous qui vous débite exactement le contenu d'un article de Blog 101. Vous allez très vite trouver ce type bizarre. Ce n'est pas le propos qui est bizarre, c'est sa tournure, qui est propre à l'écrit, quoiqu'on en dise.

Oui, quand on écrit sur un blog, on n'est pas dans la même situation que lorsqu'on écrit une lettre administrative ou bien un article de journal. On peut utiliser un registre de langue plus familier, plus relâché, c'est vrai. On n'est pas obligé de structurer son propos de façon aussi stricte, c'est vrai aussi. On peut même emprunter certaines tournures orales, c'est toujours vrai. Mais ça ne suffit pas à faire de votre écrit un équivalent de l'oral : votre clavier est toujours équipé d'une touche suppr qui n'existe pas à l'oral, vos intonations ne se retrouveront jamais dans votre écrit (et les smaïlets n'en sont même pas un ersatz), votre lecteur aura toujours sur le débit de votre texte écrit une maîtrise complète qu'il ne peut pas avoir sur l'oral.

Un texte écrit n'est pas un discours oral. Même en retranscrivant fidèlement sur papier des propos tenus oralement, vous n'écrirez pas comme on parle, de la même façon que la pipe de Magritte n'est pas une pipe.

Vous ne ferez que projeter un solide sur une surface plane, vous perdrez une dimension. Vouloir écrire comme on parle, ce n'est pas une liberté qu'on se donne mais bien une contrainte. Notez bien que ce n'est pas sans intérêt, de vouloir s'imposer une telle contrainte, et d'ailleurs un paquet d'auteurs s'y sont collés.

Commentaires

J'ai au fond de mes archives de cours une petite séance avec deux textes d'Émilie Carles : le premier est la transcription intégrale de ses propos au magnétophone, le deuxième est la version publiée en volume, il me semble que l'interviouveur était Chabrol (le conteur, pas le cinéaste). Je faisais repérer aux élèves toutes les modifications et elles sont nombreuses. Quand on a affaire à des entretiens de haute volée (je pense aux enregistrements de Léautaud, de Claudel, de Mauriac, de Paulhan, de Céline, de Malraux), le style parlé est quasiment le même que le style écrit, ce sont des auteurs qui se sont trouvés une voix et qui l'ont travaillé, ils parlent spontanément ou presque comme ils écrivent. Mais avec Émilie Carles, c'est tout différent : une simple paysanne qui parle de son expérience assez ordinaire. Alors, on a des redites, des corrections, des reprises, des phrases qui bifurquent tout d'un coup, des propositions sans antécédent, des expressions phatiques, des répétitions de mots (et non plus simplement de propos). Ce n'est pas de la bouillie verbale (du type des discours à la Schivardi), parce qu'il y a une cohérence d'ensemble, mais ce n'est vraiment pas présentable tel quel. Quand on prend un discours parlé, non écrit à l'avance (ce que ne sont pas les discours de la campagne présidentielle dans les messages de la campagne officielle), on se retrouve le plus souvent avec une sorte de magma. J'ai été très frappé par les discours de Besancenot, dans un premier temps il improvisait totalement, avec un débit très rapide (il est le plus vite de tous alors que tous les candidats avaient ralenti leur diction) et en sabotant toutes les constructions entre les propositions grammaticales, en passant d'un rapport logique à un autre sans prévenir, en jouant sans arrêt sur des décalages lexicaux ou sémantiques, puis il est devenu plus posé, mais toujours aussi cabotin : ses discours étaient pour une part pré-écrits. Je voulais étudier un peu son style parlé, qui me semble original, mais justement... les discours où il se lâche ne sont pas sur Youtube ou Dailymotion et on n'en trouve pas retranscrits, car ce serait montrer une sorte d'absence de logique. Personnellement, je trouve très réducteur le fait de dire que quelqu'un écrit comme il parle, le rapport est plus complexe. Quand j'écris sur mon blogue, je suis plus près de ma voix, mais c'est aussi parce que j'ai un rapport particulier à l'écrit qui fait que mon oralité est traversée par des éléments littéraires. On n'est pas tout dans l'un ou tout dans l'autre, mais dans un rapport de va-et-vient assez compliqué.

Écrit par : Dominique | 25 avril 2007

Cela dit, il me semble que la plateforme de la Libre est la même que celle que j'utilise (Hautetfort) et qu'on est dans les solutions logicielles de Blogspirit (pas un mauvais choix pour le confort d'écriture, la simplicité de l'interface et la protection face aux pourriels, mais des manques cruels pour les fonctions des commentaires).

Écrit par : Dominique | 25 avril 2007

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