Blogs Lalibre.be
Lalibre.be | Créer un Blog | Avertir le modérateur

23 mai 2007

Tout le monde debout

Eurostar Lille-Europe – Bruxelles-Midi, 38 minutes de trajet.

Il reste 12 minutes, un jeune homme se lève, commence à ranger ses affaires, on le voit bien dans le wagon et je sais alors comment tout cela va se terminer.

Il reste 11 minutes et, par imitation, la moitié du wagon se met à ranger ses affaires. Le petit monsieur à lunettes à côté de moi le voit, ne peut pas faire de même parce que moi je ne bouge pas et que je suis du côté de l’allée. Il a dormi pendant tout le voyage et il écarquille maintenant les yeux, il devient nerveux, tourne la tête dans tous les sens, essaye de voir par le carreau si l’on approche de la gare.

10 minutes avant l’arrivée du train en gare de Bruxelles-Midi, l’allée centrale est complètement remplie par des usagers équipés de leurs manteaux et couvre-chef, bagages en main. Ceux-là passeront donc le quart du trajet debout. Mon voisin a l’air très préoccupé.

De temps en temps, je lance un regard souriant au monsieur debout à côté de mon siège : il ressemble un peu à Johan Vande Lanotte, il s’ennuie et a l’air de plus en plus gêné de se trouver debout alors que le train n’a vraiment pas l’air d’être sur le point d’arriver.

Je me lève quand je vois le hall de la gare nous engloutir, j’attrape mon sac, me glisse dans l’allée et descend dans les premiers. Mon voisin se jette sur ses affaires comme un furieux. Je le reverrai dans la station de métro un peu plus tard, pas du tout pressé.

Ce phénomène d’imitation me sidère. Ce n’est pas systématique, mais il suffit à un seul type de farfouiller dans son sac sur le porte-bagages pour que ça se déclenche. La prochaine fois, si j’osais…

22 mai 2007

La SNCF fait des zeugmas

Lu sur un panneau d’affichage de la gare de Lille-Europe :

Par respect de la loi Evin du 10/01/91 et des autres voyageurs, nous vous remercions de ne pas fumer dans l’enceinte de gare.

Ça ne casse pas trois pattes à un canard, mais la communication institutionnelle est généralement si fade et si peu audacieuse (enfin je ne vais pas trop la ramener parce que c’est mon domaine et que je ne contribue pas franchement à améliorer les choses) que j’ai trouvé ça pas mal.

In my tidjivi

Dans mon wagon, entre Calais et Lille, six étudiants bruyants, quatre Français et deux Anglaises si j’ai bien compris. Les Français ont l’air de suivre des études d’interprète, ils lancent de temps en temps des bouts de phrases en anglais avec un bon accent. Je suppose qu’il s’agit d’un programme d’échange et que les Anglaises sont là en immersion. Il y a donc d’un côté de l’allée centrale les quatre Français, deux pétasses hypersapées et deux beaux mecs de même, et de l’autre les deux Anglaises un peu godiches, on ne mélange pas les torchons et les serviettes.

Une des Françaises explique aux Anglaises : « En fait tu vois c’est une blague, parce que en français, bon ben on dit un cheval des chevaux, un journal des journaux, et que souvent ben les gens y se trompent et y disent par exemple, euh, “oh, regarde, un chevaux !” » L’autre Française précise : « oué enfin c’est plus souvent dans l’autre sens, quand même. » La première conclut : « oué enfin les étrangers et les gamins de trois ans y font la faute, quoi ! »

Pendant tout le reste du trajet, les Français ne feront que parler entre eux, fort et en français. Private joke, l’une des Françaises lance toutes les cinq minutes un « ta gueule » avec l’accent anglais, et les autres rient à chaque fois. Grosse déconnade, c’est vraiment bien, les programmes d’échange.

Une des Françaises raconte une anecdote qui fait beaucoup rire les autres. Une copine à elle a voulu se suicider et cette conne s’est lancée du premier étage de sa maison, juste au-dessus de sa véranda. Elle est tombée sur le toit de la véranda, ça a fait clac, et puis elle a glissé jusqu’au sol. Le plus drôle, c’est que ses parents mangeaient dans la véranda et que la mère s’est évanouie. Grosse rigolade. « Si toi tu faisais un truc comme ça, enfin chais pas mais tu le raconterais pas, eh ben elle elle l’a raconté à tout le monde, et c’est dingue mais c’est une fille elle est super populaire, maintenant. » Oué, oué, c’est dingue, tout le monde approuve. « Enfin c’est le genre de fille, un jour elle a voulu se tailler les veines et elle se ramène le lendemain avec un débardeur, enfin tu vois le genre, quoi. » Oui, ses camarades voient bien le genre, quoi.

J’ai vraiment eu envie de les insulter en sortant, et je ne l’ai pas fait. Il y a quelques années, je n’aurais pas songé à le faire. Avec le temps, je m’affirme et je commence à caresser ce genre d’idées pour de bon. Si ça continue comme ça, dans quelques années encore, j’insulterai vraiment les gens dans les trains. Ça me fera plein de trucs à dire dans mon blog, ça.

21 mai 2007

Poinçonnage à la mitraillette

Dimanche soir, j’ai fait mon Calais – Bruxelles en train. Je fais le même trajet à peu près tous les mois : Calais-Frethun – Lille-Europe tout d’abord, en TERGV, puis Lille-Europe – Bruxelles-Midi en Eurostar.

Comme toujours devant Calais-Frethun stationnait une jeep kaki garnie de militaires assortis. Mais cette fois-ci, serait-ce déjà l’effet Sarkozy ? j’ai eu droit à la jeep militaire plus à une fourgonnette de gendarmerie, garnie elle aussi, plus à un drapeau bleu-blanc-rouge accroché à la façade de la gare. Avec tout ça, j’ai pris mon train bien bien rassuré, avec un sentiment de sécurité retrouvée comme je vous raconte même pas, fier de me faire propulser à plein de kilomètres à l’heure par la gloire des chemins de fer et de France.

Cercle vicieux

Ce ouiquenne, j’étais à Hardinghen, le charmant village de mon enfance, en France. Ça faisait un petit bout de temps.

On a terminé le rond-point, ça y est. Ah oui parce qu’il faut que je vous dise : on a construit un rond-point à la place du carrefour de la salle des fêtes. Pensez donc, un carrefour en T, avec une bonne visibilité, emprunté par une dizaine de bagnoles toutes les heures au bas mot, il fallait que ça cesse.

Un rond-point flambant neuf, donc, d’un mètre douze de diamètre. La moitié du budget a dû passer dans l’achat des panneaux de signalisation : quatre flèches bleues, des triangles pour annoncer le rond-point et des triangles pour annoncer le passage pour piétons, une vraie bambouseraie d’acier, on dirait New York. Celui que je préfère, c’est la flèche bleue qui fait face au terrain de pétanque, particulièrement utile. La flèche bleue qui fait face à la place du Marché a quant à elle déjà été dézinguée par une auto qui a foncé dans le rond-point. C’est la deuxième depuis l’installation de ce bijou d’infrastructure routière.