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18 mai 2007

Il faut que j'achète des lunettes vertes, aussi ?

Je ne voterai pas pour les législatives belges qui arrivent, mais enfin ça m'intéresse tout de même, alors j'ai essayé le Kieskompas du Standaard pour savoir à qui je serais censé donner ma voix.

D'après ce truc, le parti dont je suis le plus éloigné est le Vlaams Belang. Je n'avais pas vraiment besoin de ça pour le savoir, mais enfin c'est rassurant. Beaucoup plus étonnant, le parti dont je suis le plus proche est Spirit.

Je crois que j'ai fait la même drôle de tête que Peter Vandermeersch en découvrant mon résultat.

Bon, c'est un gadget, le Kieskompas, d'accord, mais ça montre au moins que les journaux flamands portent de l'intérêt aux élections belges à venir. Du côté francophone, après s'être vautré dans les présidentielles françaises, on repart joyeusement patauger dans les législatives d'outre-Quiévrain. C'est navrant et pour tout dire inquiétant.

23 avril 2007

Ma soirée présidentielle, cinquième partie : ne tirez pas, je veux juste rentrer en Belgique

Ce soir, j'ai pris le train en France pour revenir en Belgique. Devant la gare de Calais-Frethun, il y avait une jeep kaki avec deux militaires dedans, sans doute pour célébrer le bon score de Sarkozy.

Mais non, c'est pas vrai, il y a toujours des militaires devant cette gare. C'est à cause de Vigipirate. Ils sont là pour vaporiser toutes les dix minutes un dérivé de citronnelle qui éloigne les terroristes, comme ça il n'y a pas de bombe dans mon TGV. À moins que ce ne soit pour courir après les réfugiés de Sangatte qui ne savent plus où aller depuis qu'on a fermé le centre de la Croix-Rouge. Qui avait eu cette grande idée, déjà ? Un ministre de l'Intérieur, un petit nerveux, je ne reviens plus sur son nom…

Tiens, je serais curieux de connaître le score de Sarkozy aux alentours de Sangatte, d'ailleurs.

Bon, enfin je ne sais pas à quoi servent ces militaires, mais il vaut mieux qu'il y en ait trop que pas assez, n'est-ce pas, et puis on se sent rassuré de savoir qu'il y a des gars avec des mitrailleuses dans sa gare.

Ma soirée présidentielle, quatrième partie : c'est qui le chef, maintenant ?

Il y en a qui, et on me pardonnera ce belgicisme, ont eu bon ce 22 avril, c'est les gars de l'UDF.

« Vous allez être très courtisé, monsieur Huday-Effe, pendant les deux semaines à venir, non ?

— Oooh, je sais paaas, nous verrooons… »

Bien entendu, tout le monde au PS et à l'UMP s'est défendu de vouloir faire de l'œil à l'UDF pour récupérer ses électeurs au second tour. Quand on leur a demandé comment ils espéraient remporter le second tour si ce n'était en captant les voix de l'UDF, les gars de l'UMP ont mis en avant la dynamique du mouvement de rassemblement qu'ils souhaitaient impulser à l'aide de leurs idées claires et novatrices, contrairement à ceux du PS qui voulaient de leur côté rassembler clairement les dynamiques novatrices autour d'idées en mouvement.

Je ne comprends pas comment on peut résister, lorsqu'on est membre de l'UDF, à l'envie de dire sur le plateau : « Vous savez, là, ils font leur Jean Gabin, mais ils ont déjà les yeux qui brillent et un peu de bave au coin des lèvres devant nos 20 %. Demain, je les aurai au téléphone, ils seront tout sucre et tout miel, et je leur ferai danser le charleston quand je veux .»

Ma soirée présidentielle, troisième partie : y a la démocratie qui a bougé, je l'ai vue

Jean-Philippe. —  En tout cas, on peut parler de véritable sursaut démocratique, je crois.

Yvette. —  Absolument, Jean-Philippe, pratiquement jamais les Français ne se sont rendus aussi nombreux aux urnes.

Michel Huemmpey. — D'ailleurs, je voudrais ce soir sincèrement les remercier et les féliciter.

Charles Péhesse. — C'est un très beau geste citoyen que les Français nous ont offert ce dimanche.

Patrick Huday-Effe. — Je souscris à ce qui vient d'être dit, c'est un beau jour pour la démocratie, et les Français ont montré un superbe exemple.

Jean-Philippe. — Il faut bien dire que le traumatisme du 21-Avril est encore dans toutes les têtes. Nous pouvons donc remercier Jean-Marie Le Pen, sans lequel ce grand moment de démocratie n'aurait pu être possib…

Yvette. — JEAN-PHILIPPE !

Non, personne n'a osé dire ça en vrai (ou alors je ne l'ai pas vu). En revanche, on en a mangé, du sursaut démocratique. À croire que la démocratie, c'est le vote. À croire que la France n'est un pays démocratique que deux jours tous les cinq ans, lors des élections.

La démocratie, c'est pourtant aussi la liberté d'information, la liberté d'expression, la possibilité de débattre, le multipartisme, la séparation des pouvoirs, c'est plein de choses encore, la démocratie, ça s'entretient tous les jours. Le droit de vote est tout de même la clé de voûte de la démocratie, me direz-vous. Oui. Mais une clé de voûte sans voûte, ça ne sert à rien.

Alors oui, un élément du système démocratique français a bien fonctionné. C'est très bien, mais il n'y a pas non plus de quoi tirer des larmes à un démocrate.

Quand j'entends parler de sursaut démocratique, je pense à une grenouille disséquée (morte, donc) que l'on fait tressaillir par des décharges électriques. Peut-être que les politiciens que j'ai vus sur les plateaux de télé avaient la même image en tête, tiens.

Ma soirée présidentielle, deuxième partie : bof et beurk

Bien. Second tour Sarko-Ségo, pas de surprise. Le coboille à grosse montre d'un côté, la madame pas aimable de l'autre.

La madame pas aimable, il y a quelques années, elle voulait plafonner les salaires de tout le monde à 50 000 francs français, soit 7 500 € environ. Il y a quelques années, c'était le genre d'idée qu'un parti modéré comme le PS pouvait défendre.

Maintenant, une idée pareille et vous êtes catalogué dans l'extrême gauche sans hésitation. C'est à ça qu'on mesure l'aplanissement du débat politique. Enfin, aplanissement, oui et non, pas pour tout le monde. Je suis certain qu'il y a, disons, une dizaine d'années, les sorties de Le Pen sur les origines de Sarkozy lui auraient valu une volée de bois vert, un procès, enfin il se serait passé quelque chose. C'est la conséquence de cet aplanissement, peut-être. Plus personne n'ose l'ouvrir, sauf quelques irréductibles, qui profitent d'un champ d'expression aussi vaste que libre parce que déserté. Paradoxalement, au championnat des tout-mous, ce sont les durs-à-cuire qui montent sur le podium.

Maintenant que Royal paye l'impôt sur la fortune, elle aurait sans doute un peu plus de mal à soutenir l'idée du salaire plafonné. Sarkozy aussi paye l'ISF. Dans deux semaines, la France aura un président riche. Ça m'inquiète un peu. C'est un préjugé, c'est idiot, mais je me méfie des riches. Je suis intimement convaincu que l'argent est délétère, qu'il est un détersif imparable contre les scrupules et les restes de morale les plus incrustés. Je n'aime pas les gens à grosse montre, je n'aime pas ceux qui roulent en 4 × 4 ou en cheval.

Je n'aime pas le futur président de la République française.

Ma soirée présidentielle, première partie : on meuble

« Eh bien mon cher Jean-Philippe, voilà une soirée qui s'annonce passionnante.

— Ah ça oui, Yvette, on peut déjà dire que ce scrutin sera historique.

— On peut le dire, en effet, et d'ailleurs, je crois que nos commentateurs auront du pain sur la planche, ce soir.

— Oui Yvette, les commentaires seront à n'en pas douter extrêmement nombreux.

— Il y a effectivement beaucoup de choses à dire déjà sur le vote de ce dimanche.

— Houlàlà, oui, des choses et des choses.

— Par quoi commencer ?

— Et si nous regardions pour la cinquième fois depuis vingt minutes le chiffre de l'abstention ?

— Mais quelle bonne idée, Jean-Philippe !

— Nos téléspectateurs redécouvrent avec nous ce chiffre historique.

— 15 %, c'est historique.

— Pour ne rien vous cacher, heureusement que c'est historique parce que sinon je ne vois pas bien comment nous aurions meublé les quarante minutes qu'il reste à tirer avant l'annonce des résultats à 20 heures.

— Euh, Jean-Philippe… »

C'est toujours la même chose, et c'est toujours aussi drôle. Aussi professionnels qu'ils soient, les présentateurs de soirées électorales ont bien du mal à remplir leur émission avant de pouvoir annoncer les résultats et passer aux choses sérieuses.

J'ai beaucoup apprécié Pierre Giacometti sur France 2, à qui l'on a demandé d'analyser cette chute de l'abstention et qui a expliqué que c'était dû, d'une part, aux personnes qui n'avaient pas voté en 2002 mais qui ont voté cette année et, d'autre part, aux personnes qui n'étaient pas inscrites sur les listes électorales en 2002 et qui y sont maintenant inscrites pour des raisons diverses. Je rejoins entièrement son point de vue, et j'ajoute que je vais poser ma cadidature au poste de directeur général d'Ipsos parce que ç'a m'a l'air d'être un boulot peinard.

22 avril 2007

Françoises, François

François Hollande, François Bayrou, François Feldman, François De Brigode… Combien parmi eux se soucient-ils de l'Europe ? Très peu, si l'on en croit cette nouvelle sur le site de la RTBF : « l'élection présidentielle française facilitera-t-elle la relance de l'Europe, c'est la question que peu de François se posent ».

Oui, allez, c'est encore une coquille rigolote, mais cet article est un florilège d'erreurs de grammaire et de typo. J'épingle aussi au passage la mention belgocentrique de la guerre 40-45 : pour la France, c'est en 39 que cette guerre a débuté. On sent le spécialiste de l'histoire européenne.

21 avril 2007

Ah, la France, hein... ça fait du bien quand on y pense, hein...

Mais quel foin, avec ces présidentielles françaises ! On n'en avait pas fait autant avec les précédentes, me semble-t-il. Et pourtant, cette édition-ci est particulièrement minable. Moi qui ai fui la France entre autres pour échapper à la sacralisation médiatique délirante des Bleus avant la Coupe du monde de 2002, je me retrouve assailli par une nouvelle grand-messe.

Sur le site du Soir, la rubrique Face-à-face Nord-Sud a déjà été remplacée par une rubrique Présidentielles (on ne précise même plus qu'elles sont françaises, la Belgique francophone étant en ce moment quasi-rattachée d'office). La RTBF sera une institution française pour quelques heures, elle rendra compte avec des invités français des élections françaises depuis Paris.

J'ai toujours ma nationalité française, je vais donc m'y coller. Mon évaluation des candidats va du médiocre au très mauvais. Je n'ai envie de voter pour personne. Cependant, il ne faut pas faire ça : les votes blancs ne sont pas pris en compte, autant rester chez soi. Alors on va choisir le moins mauvais de la troupe, on va faire en sorte de se protéger de Sarkozy, on va voter utile, comme on dit.

Cet après-midi, plutôt que de lire les professions de foi de chacun, je me suis allongé sur l'herbe, sous le soleil indu de cet avril étrange, et j'ai fait mon choix.