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23 avril 2007

Ma soirée présidentielle, cinquième partie : ne tirez pas, je veux juste rentrer en Belgique

Ce soir, j'ai pris le train en France pour revenir en Belgique. Devant la gare de Calais-Frethun, il y avait une jeep kaki avec deux militaires dedans, sans doute pour célébrer le bon score de Sarkozy.

Mais non, c'est pas vrai, il y a toujours des militaires devant cette gare. C'est à cause de Vigipirate. Ils sont là pour vaporiser toutes les dix minutes un dérivé de citronnelle qui éloigne les terroristes, comme ça il n'y a pas de bombe dans mon TGV. À moins que ce ne soit pour courir après les réfugiés de Sangatte qui ne savent plus où aller depuis qu'on a fermé le centre de la Croix-Rouge. Qui avait eu cette grande idée, déjà ? Un ministre de l'Intérieur, un petit nerveux, je ne reviens plus sur son nom…

Tiens, je serais curieux de connaître le score de Sarkozy aux alentours de Sangatte, d'ailleurs.

Bon, enfin je ne sais pas à quoi servent ces militaires, mais il vaut mieux qu'il y en ait trop que pas assez, n'est-ce pas, et puis on se sent rassuré de savoir qu'il y a des gars avec des mitrailleuses dans sa gare.

Ma soirée présidentielle, quatrième partie : c'est qui le chef, maintenant ?

Il y en a qui, et on me pardonnera ce belgicisme, ont eu bon ce 22 avril, c'est les gars de l'UDF.

« Vous allez être très courtisé, monsieur Huday-Effe, pendant les deux semaines à venir, non ?

— Oooh, je sais paaas, nous verrooons… »

Bien entendu, tout le monde au PS et à l'UMP s'est défendu de vouloir faire de l'œil à l'UDF pour récupérer ses électeurs au second tour. Quand on leur a demandé comment ils espéraient remporter le second tour si ce n'était en captant les voix de l'UDF, les gars de l'UMP ont mis en avant la dynamique du mouvement de rassemblement qu'ils souhaitaient impulser à l'aide de leurs idées claires et novatrices, contrairement à ceux du PS qui voulaient de leur côté rassembler clairement les dynamiques novatrices autour d'idées en mouvement.

Je ne comprends pas comment on peut résister, lorsqu'on est membre de l'UDF, à l'envie de dire sur le plateau : « Vous savez, là, ils font leur Jean Gabin, mais ils ont déjà les yeux qui brillent et un peu de bave au coin des lèvres devant nos 20 %. Demain, je les aurai au téléphone, ils seront tout sucre et tout miel, et je leur ferai danser le charleston quand je veux .»

Ma soirée présidentielle, troisième partie : y a la démocratie qui a bougé, je l'ai vue

Jean-Philippe. —  En tout cas, on peut parler de véritable sursaut démocratique, je crois.

Yvette. —  Absolument, Jean-Philippe, pratiquement jamais les Français ne se sont rendus aussi nombreux aux urnes.

Michel Huemmpey. — D'ailleurs, je voudrais ce soir sincèrement les remercier et les féliciter.

Charles Péhesse. — C'est un très beau geste citoyen que les Français nous ont offert ce dimanche.

Patrick Huday-Effe. — Je souscris à ce qui vient d'être dit, c'est un beau jour pour la démocratie, et les Français ont montré un superbe exemple.

Jean-Philippe. — Il faut bien dire que le traumatisme du 21-Avril est encore dans toutes les têtes. Nous pouvons donc remercier Jean-Marie Le Pen, sans lequel ce grand moment de démocratie n'aurait pu être possib…

Yvette. — JEAN-PHILIPPE !

Non, personne n'a osé dire ça en vrai (ou alors je ne l'ai pas vu). En revanche, on en a mangé, du sursaut démocratique. À croire que la démocratie, c'est le vote. À croire que la France n'est un pays démocratique que deux jours tous les cinq ans, lors des élections.

La démocratie, c'est pourtant aussi la liberté d'information, la liberté d'expression, la possibilité de débattre, le multipartisme, la séparation des pouvoirs, c'est plein de choses encore, la démocratie, ça s'entretient tous les jours. Le droit de vote est tout de même la clé de voûte de la démocratie, me direz-vous. Oui. Mais une clé de voûte sans voûte, ça ne sert à rien.

Alors oui, un élément du système démocratique français a bien fonctionné. C'est très bien, mais il n'y a pas non plus de quoi tirer des larmes à un démocrate.

Quand j'entends parler de sursaut démocratique, je pense à une grenouille disséquée (morte, donc) que l'on fait tressaillir par des décharges électriques. Peut-être que les politiciens que j'ai vus sur les plateaux de télé avaient la même image en tête, tiens.

Ma soirée présidentielle, première partie : on meuble

« Eh bien mon cher Jean-Philippe, voilà une soirée qui s'annonce passionnante.

— Ah ça oui, Yvette, on peut déjà dire que ce scrutin sera historique.

— On peut le dire, en effet, et d'ailleurs, je crois que nos commentateurs auront du pain sur la planche, ce soir.

— Oui Yvette, les commentaires seront à n'en pas douter extrêmement nombreux.

— Il y a effectivement beaucoup de choses à dire déjà sur le vote de ce dimanche.

— Houlàlà, oui, des choses et des choses.

— Par quoi commencer ?

— Et si nous regardions pour la cinquième fois depuis vingt minutes le chiffre de l'abstention ?

— Mais quelle bonne idée, Jean-Philippe !

— Nos téléspectateurs redécouvrent avec nous ce chiffre historique.

— 15 %, c'est historique.

— Pour ne rien vous cacher, heureusement que c'est historique parce que sinon je ne vois pas bien comment nous aurions meublé les quarante minutes qu'il reste à tirer avant l'annonce des résultats à 20 heures.

— Euh, Jean-Philippe… »

C'est toujours la même chose, et c'est toujours aussi drôle. Aussi professionnels qu'ils soient, les présentateurs de soirées électorales ont bien du mal à remplir leur émission avant de pouvoir annoncer les résultats et passer aux choses sérieuses.

J'ai beaucoup apprécié Pierre Giacometti sur France 2, à qui l'on a demandé d'analyser cette chute de l'abstention et qui a expliqué que c'était dû, d'une part, aux personnes qui n'avaient pas voté en 2002 mais qui ont voté cette année et, d'autre part, aux personnes qui n'étaient pas inscrites sur les listes électorales en 2002 et qui y sont maintenant inscrites pour des raisons diverses. Je rejoins entièrement son point de vue, et j'ajoute que je vais poser ma cadidature au poste de directeur général d'Ipsos parce que ç'a m'a l'air d'être un boulot peinard.